« Hydro Paalo », un projet modèle et responsable ?



L’autorisation d’exploitation accordée par le gouvernement le 26 janvier 2018 pour « Hydro Paalo » relançait officiellement l’hydroélectricité en Nouvelle-Calédonie. Et c’est le 5 juillet dernier que la première pierre de ce projet a été posée, en présence de nombreuses personnalités politiques et coutumières ainsi que d'Enercal et Nord Avenir, les deux porteurs du projet. Depuis 1990 et la construction de la centrale hydroélectrique sur la Thu à Houaïlou, aucun projet hydroélectrique de cette envergure n’avait vu le jour sur le territoire calédonien, soit près de 28 ans.

Nous avons voulu nous faire notre opinion sur ce projet en nous concentrant uniquement sur le milieu aquatique :
• La biodiversité aquatique a t-elle bien été prise en compte ?
• Ce projet est-il réellement « responsable » comme l’annoncent les différents acteurs ?
• Ce projet sera-il vraiment un « modèle » pour les futurs projets hydroélectriques ?

Afin de répondre à ces questions, nous avons réalisé notre propre étude (télécharger l'article détaillé en PDF ci-contre).

Nous nous sommes donc rendus sur place à plusieurs reprises afin de réaliser un inventaire de la faune - poissons et crustacés - présente dans la Wé Paalo. Plusieurs zones du cours d'eau ont ainsi pu être inventoriées en plongée. Au total, nous avons recensé 41 espèces de poissons et crustacés décapodes (27 espèces de poissons, 12 espèces de crevettes et 2 espèces de crabes). Comme nous le soupçonnions, la Wé Paalo s'est avérée être une rivière riche en biodiversité. Cela n’est pas surprenant au vu des nombreux inventaires que nous avons déjà réalisés autour du Mont Panié. Cette vaste zone - allant de la Ouaième à la Tchambouen (Pouébo) - recèle une biodiversité exceptionnelle et unique, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs sur l’île. De nombreuses espèces sont en effet présentes uniquement autour du Mont Panié et dans seulement quelques rivières un peu plus au sud, vers Poindimié.

Nous avons ensuite comparé ces observations à la liste faunistique des espèces recensées dans le cadre de l’étude d’impact (cf. tableau en photo ci-dessous) en nous intéressant, plus particulièrement, à la portion du cours d'eau qui sera court-circuitée par la mise en place d'une conduite forcée. A notre grande surprise, nous avons constaté une énorme différence entre nos observations et les résultats présentés dans l’étude. Les effectifs de capture de l’étude d’impact apparaissent également très faibles comparativement à ce que nous avons pu voir.

Au regard des ces résultats, nous ne pouvons que constater et regretter, une fois de plus, que la faune aquatique et les risques qu’elle encoure ont été très fortement négligés et minimisés. C’est pourtant cette biodiversité aquatique qui sera la plus impactée sur le long terme par la construction et le fonctionnement de cette future centrale.

Nous estimons que l’état initial, à savoir la base d’un plan de suivi, a été fait de manière trop superficielle. Cette base de travail est pourtant primordiale pour suivre l’évolution des populations et ainsi détecter et/ou prévenir un éventuel impact sur la faune aquatique. Il sera donc difficile, voire impossible, dans le cadre du projet « Hydro Paalo » de détecter les possibles conséquences de celui-ci sur la faune dulçaquicole.

Pourquoi toutes les espèces « sensibles » n'apparaissent-elles nulle part ? Quelles sont les réelles motivations d'Enercal quant au choix de baser l'exploitation d'un tel ouvrage sur un protocole et un échantillonnage perfectibles, non représentatifs de la réalité biologique du terrain, et excluant la présence d'espèces sensibles ?

A quand une prise de conscience collective ?
Nous espérons que ces quelques lignes et ce rapport en PDF participeront à éveiller les consciences de chacun quant à la nécessité de disposer d’un état initial satisfaisant. Une telle initiative permettra d’améliorer, à l’avenir, la qualité des plans de suivi et de contribuer à la préservation et à la conservation de notre patrimoine calédonien.

Enfin, par le biais de cet article, nous souhaitons également alerter les provinces et mettre le gouvernement face à ses responsabilités, au vu de la nouvelle politique de l’eau qu’il souhaite mettre en place, notamment en lien avec l’environnement et la préservation des milieux aquatiques. Comment un « projet pilote », modèle, et qui se veut respectueux de l’environnement, peut-il minimiser et négliger autant la faune aquatique et les potentielles menaces auxquelles elle pourrait être soumise ?

© Copyright - Photographies Vies d'Ô douce - Pour toute utilisation, merci de nous contacter - Article du 15 Octobre 2018



Une crevette d'eau douce cavernicole en Nouvelle-Calédonie

Saviez-vous qu'il existait en Nouvelle-Calédonie, des crevettes d'eau douce carvernicoles? Eh bien oui. Il en existe deux espèces sur le territoire.

Parmis ces espèces, il y en a une qui ne vit qu'à l'ile des Pins et nul part ailleurs dans le monde. Cette espèce endémique, nommée Potamalpheops pininsulae ou crevette de l'île des Pins, à été décrite en 1992. Nous sommes donc allés lui rendre une petite visite. Après une demi heure de marche, sur une petite route en terre puis un chemin escarpé au milieu de la forêt, nous tombons enfin sur la grotte. Une descente d'environ 12 mètres sous la surface du sol et nous voila arrivés. Dans l'obscurité quasi totale, la lumière de notre lampe dévoile une eau fraiche et limpide, d'un bleu émeraude. Au bout de quelques secondes d'immersion, les premiers individus finissent par apparaitre pour finalement sortir en nombre et courir un peu partout sur les parois environnantes. Un spectacle fort sympathique, sous une voute d'une dizaine de mètres, au milieu des stalactites dont certaines finissent quelques centimètres sous la surface de l'eau.

© Copyright - Vies d'Ô douce - Pour toute utilisation, merci de nous contacter - Article du 28 Septembre 2018



Creek Baie Nord - 3 ans et demi après, qu'en est il ?

Il y a 3 ans et demi, une fuite d'une centaine de milliers de litres d’acide chlorhydrique provenant de l'usine du Sud avait "nettoyé" le creek Baie Nord. Depuis cet incident, plusieurs campagnes de suivi ont été réalisés, ceux-ci indiquant le retour progressif de la faune aquatique. Vies d'Ô douce est donc partie en ce début d'année observer cette biodiversité, dans le but de se faire sa propre idée.

Au total, ont été recensées 26 espèces de poissons (39 si l'on prend en compte les espèces marines remontant les embouchures et le cours inférieur des rivières), 2 espèces de crabe et 7 espèces de crevettes. Quelques gastéropodes (escargots) d'eau douce ont également pu être observés. Parmi toutes ces observations, on recense plusieurs espèces endémiques de Nouvelle-Calédonie : 5 espèces de poissons, 1 espèce de crabe et 2 espèces de crevettes et 1 espèce de gastéropode. Il s'agit chez les poissons de Protogobius attiti, Sicyopterus sarasini, Schismatogobius fuligimentus, Parioglossus neocaledonicus et Microphis cruentus ("Hippocampe" d'eau douce). Chez les crabes, cela concerne Odiomaris pilosus, chez les crevettes, Macrobrachium caledonicum et Paratya bouvieri, et chez les gastéropodes Clithon nucleolus.

Cela fait donc du creek Baie Nord une rivière riche en espèces même si certaines d'entre elles n'ont été observées que d'un ou deux individus comme Smilosicyopus chloe ou encore Stiphodon atratus. Le nombre d'espèces est même très certainement supérieur avec notamment les anguilles, que nous ne pouvons identifier à l'espèce sans la capture des individus, et les mulets. Nous n'avons pas non plus observé la murène d'eau douce (Gymnothorax polyuranodon) que nous savons présente.

La vie est donc belle et bien de retour creek Baie Nord.

© Copyright - Photographies de Nicolas Charpin - Pour toute utilisation, merci de nous contacter - Article du 09 Janvier 2018



  • 1
  • 2 3